La France peut-elle "bien vieillir" ?


L’allongement de la durée de vie et les nombreuses naissances pendant le baby-boom des années d’après-guerre font de notre vieux pays, un pays de vieux.

En 2050, il y aura 2 fois plus de Français âgés qu’en 2000. Les plus de 65 ans représenteront plus d’un quart de la population, alors clairement, parler de travail et de retraite ne suffit pas. Parce que beaucoup de nos boomers ont des ressources insoupçonnées. Des ressources qui pourraient nous aider à surmonter cette transition démographique difficile. Caché entre les vieux abandonnés dans les EHPAD et un nombre croissant de jeunes pauvres, nos riches boomers profitent eux d’un fort pouvoir économique et politique qui commence à se voir. Un conflit forcément générationnel qui ne fait que commencer alors que nous devons trouver comment faire pour que la France tout entière puisse bien vieillir. 

Dans les salons du troisième âge, on rencontre tout un tas de gens qui ont vu, connaissent, aident ou sont des personnes âgées. On y découvre le pouvoir de la “silver économie”. Le boom de l’immobilier en bord de mer, des maisons de retraite, de l’accompagnement des seniors et de tous les gadgets de vieux. Mais le vieillissement dépasse largement les considérations économiques. Il se ressent jusqu’à l’électorat et l’élection des dirigeants politiques. Alors en parcourant ce salon, j’ai essayé de comprendre à quoi ressemble un pays dont la population vieillit ?

Faut-il tenter de la rajeunir ? Chercher à s’adapter ? Transformer les écoles en maison de retraite et les enseignants en aide à domicile ? Où s’intéresser aux conséquences pour la nouvelle minorité, les non-vieux.

Pour l’instant, les débats en France s’arrêtent trop souvent à la question des retraites ou à un scandale d’EHPAD. Mais vieillir, c’est bien plus que ça.

D’abord, c’est une chance, un objectif de société qui peut être célébré. C’est le signe d’une réduction de la violence, des maladies, de la pauvreté et de toutes ces choses qui tuent.

Pour que ce vieillissement reste une chance, que nos vieux présents et futurs puissent sourire autant que dans les pubs d’assurances, il va falloir s’y préparer sérieusement !

En 2040, un Français sur 4 aura plus de 65 ans, dans quelques années il y aura plus de personnes âgées que de jeunes de moins de 20 ans.

Dans les études démographiques, les personnes de plus de 60 ou 65 ans sont considérées comme “inactives”, même chose pour les personnes de moins de 15 ou 20 ans. Une division permet d’obtenir un ratio qui est crucial dans la discussion sur le vieillissement d’une société.

Le ratio de dépendance, vise à mesurer de combien on compte de personne active par personne inactive. La France à bénéficier d’un taux de dépendance faible, depuis les années 80, on comptait plus de personnes en âge de travailler, depuis cette année le ratio est à 1. Il y a 1 personne d’âge active par personne inactive.

Cette question vit dans la tête de pas mal de gens depuis des dizaines d’années. Luc Broussy, par exemple publie des rapports pour le gouvernement et parle de la “Silver Economie”, Hippolyte d’Albis et Ikpidi Badji s’intéressent aux niveaux de vie selon l’âge de naissance, Anne Lavigne a travaillée pour le Conseil d’Orientation des Retraites et produit de nombreuses analyse. Sans compter qu’au fil des ans, des dizaines de livres ont été écrits avec des titres comme la France Ridée, la Guerre des âges ou la Parenthèse Boomers.

Le manque d’autonomie, problématique majeure et pas encore traitée.

La première chose que l’on voit en arrivant dans un salon spécial troisième âge, ce sont des engins de déplacement divers. Des scooters électriques, des fauteuils roulants et puis les fameux monte-marches, des produits voyant qui se vendent plutôt bien selon les intervenants du stand en question : « Il y a de plus en plus de personnes âgées, donc qui dit démographie, donc forcément les personnes veulent rester chez elles. »

Les deux commerciaux de l’entreprise résument en quelques mots la politique française. Le maintien à domicile. Le mot qui n’est pas prononcé, c’est celui de “handicap”. Et pourtant, c’est un des effets de ce changement démographique, il faut s’attendre en France à ce qu’il y ait davantage de personnes qui connaissent des difficultés auditives, visuelles, motrices ou mentales.

Des personnes dont l’autonomie est remise en question. Les estimations les plus récentes évoquent 2,5 millions de personnes en perte d’autonomie en 2022, un chiffre qui devrait passer à 4 millions en 2050 selon les projections de l’INSEE.

C’est au Japon que le vieillissement est le plus prononcé, 30 % de la population à plus de 65 ans, 10 % plus de 80. Ces problématiques de dépendance sont devenues très fortes. Comme en plus, ce pays ne fait pas d’enfant depuis quelques décennies, ils manquent de bras de jeunes pour prendre soin de leurs personnes âgées. Pendant la dernière décennie, il y a eu un pic d’intérêt pour robotiser la chose.

Dans le salon montpelliérain, il n’y avait aucun robot. Depuis 2020 et le Covid, il est devenu évident que les solutions technologiques ne sont, pour l’instant, pas au point. Les robots en service sont des jouets, utiles possiblement, mais qui ne valent pas les bons vieux bras de jeunes.

Je me suis rapprochée du stand de l’ADMR, cette association met en relation les personnes âgées avec les bras qu’elles demandent. Les intervenantes ont le même constat que sur le stand du monte marche : les personnes âgées veulent rester chez elles.

L’aide à domicile, est-elle une solution à long terme ?

Sylvie de l’ADMR— Les gens veulent rester à la maison, pour voilà, la dernière étape de vie. Et donc du coup là ça demande énormément d’aide, d’heure, et les gens veulent plus rester à l’hôpital, veulent rester à la maison pour leur dernière étape de vie. Et plutôt ne pas rentrer dans une structure. Beaucoup de personnes ne souhaitent pas rentrer dans une structure. “Madame, vous n’allez pas me mettre une maison de retraite.

La majorité des personnes peuvent vivre à domicile sans problèmes. Le ministère de la Santé indique que “La majorité des personnes âgées vieillissent dans de bonnes conditions d’autonomie” 8 % des plus de 60 ans sont dépendants et ça monte à 20 % pour les plus de 85 ans. (source)
Mais les projections de l’INSEE montrent quand même que le nombre de personnes dépendantes va augmenter fortement en passant de 2,5 millions en 2015, à 4 millions en 2050. (source).

En réponse, une étude qui concerne uniquement les Hauts-de-France annonce plus de 7 000 postes d’aide à domicile supplémentaires pour 2030, 17 % de postes en quelques années. (source)

Ces aides à domicile vont faire des courses alimentaires, des commissions diverses, cuisiner, gérer quelques démarches administratives et de plus en plus se retrouvent à accomplir des gestes de soins sans y être formé.

Cette augmentation importante est voulue et presque organisée autour d’un concept le “vieillir chez soi”. (source) Et dans ce salon comme dans les sondages, beaucoup semblent convaincus que “vieillir chez soi” est ce qu’il y a de mieux pour eux.

Sylvie de l’ADMR— La norme, c’est de rester à domicile, il y a beaucoup d’aide pour faciliter, pour favoriser le maintien à domicile, après ça reste quand même moins coûteux, par contre comme disait, Sylvie, il faut quand même un entourage familial. Une structure est très coûteuse, 2300 euros, on n'a pas de structure, donc déjà, il faut avoir une épargne, on a des aides. Donc, du coup, pour arriver à 2300 en maintien à domicile, on n'y arrive pas. Donc je pense qu’il y a beaucoup de personnes qui veulent rester à domicile. Mais il faut avoir une structure familiale, il faut avoir des enfants, une situation financière. Tout se connecte. Le logement, la famille, l’accompagnement. Je suis obligé de parler de finance. Je suis désolé, il faut quand même avoir un peu de financement. Rien n’est donné.

Donc, rien n’est donné, mais cette politique est tout de même fortement basée sur l’allocation personnalisée d’autonomie. (source)

L’aide en question peut atteindre plusieurs centaines d’euros par mois.

En 2017, l’APA représentait 5,9 milliards d’euros, dont plus de la moitié est dédiée au maintien à domicile de presque 800 000 personnes. (source)

Et cette aide ne représente qu’une partie du coût total, il faudrait ajouter diverses subventions, les exonérations de charges d’un nombre très important des professionnelles du secteur, et puis le montant des pensions de retraite que les seniors y consacre.

Un montant qui pour beaucoup de raisons risque d’augmenter dans les prochaines années.

Il va y avoir plus de personnes à prendre en charge et la baisse des niveaux de retraite suite aux réformes Touraine et Dussopt va augmenter le nombre de personnes bénéficiant de l’APA dans quelques années.

Et puis dans cette équation, il y a une question qui n’a pas été évoquée par les intervenantes de l’ADMR. Le même jour que l’ouverture du salon Adapt-et-vie, des employés de l’ADMR manifestent devant leurs locaux. 

Sur une banderole est afficher : “Aide à domicile un vrai métier un vrai salaire” 

Muriel, est aide à domicile et déléguée du personnel avec plus de dix ans dans le métier. 

Muriel — Il faut faire des toilettes avec du matériel qui n’existe pas. Les pièces ne sont pas adaptées, ne sont pas adaptées au fauteuil roulant, ce ne sont pas des métiers malheureusement de ne pas se faire mal. Donc on va de village en village. On va avoir deux petits déj, une interruption, deux repas le midi, deux repas le soir. Donc vous commencez à 6 h le matin et finissez à 19 h le soir.”

Ce métier provoque 2 fois plus d’accidents du travail que le BTP. Le salaire, c’est le SMIC, enfin moins que le SMIC, puisque le temps de trajets est mal rémunéré, et qu’une grande partie des frais de transports sont à la charge des employés. Alors forcément, les bras se font rares.

Muriel — “Quand on arrive à recruter des jeunes ou des moins jeunes. Mais quand ils voient les conditions de travail, les changements de planning, le kilométrage pas rémunéré, le temps de travail pas pris en compte et la difficulté de certaines interventions. Elle ne reste pas, elles sortent.”

C’est là tout le problème de notre politique de maintien à domicile. Depuis qu’elle existe, nous n’en payons pas le vrai prix… Les salaires abusivement faibles des aides à domiciles subventionnent largement cette politique et commencent à plonger le secteur dans une crise.

Les centaines de milliers de femmes qui sont employées dans ce secteur constituent une large partie des travailleurs pauvres. Les salaires sont au minimum et les conditions de travail déplorables. (source) (source)

La nature du travail, c’est de se rendre de foyer en foyer pour 1 à 4 h et d’enchaîner des missions, préparer le repas d’une personne, faire un peu de ménage, aider au lever ou au coucher, le tout en ayant une conversation. Les plannings sont ultra compliqués et demande de faire beaucoup de trajet, jusqu’à 150 kilomètres par jour, qui sont peu ou pas remboursés.

Les promesses de revalorisations paraissent insoutenables. L’aide à domicile risque de s’envoler s’il faut payer ses employés à un salaire décent. Un dernier problème a été évoqué par les intervenantes de l’ADMR que j’ai pu rencontrer au salon qui insistait sur l’importance de la famille, son aide serait essentielle pour le maintien à domicile. 

Statistiquement, en 2022, la plupart des personnes de 80 ans peuvent compter sur plusieurs enfants pour les aider.

Pour les personnes nées dans les années 80, issues de familles plus petites, la prise en charge de leurs parents ne va pas pouvoir être partagée entre autant d’enfants. Aujourd’hui une personne de 80 ans peut compter sur l’aide de 2,4 personnes de 55 ans, contre 1,3 en 2040.

Un dernier problème a été évoqué par les intervenantes de l’ADMR que j’ai pu rencontrer au salon, le mot famille revient souvent, son aide serait essentielle.

À l’opposé des discours sur le manque de solidarité entre les générations, une étude de 2015 de l’UNAF montre que 15 % de la population active est aidante, un investissement important qui pousse 50 % de ces personnes à aménager leur horaire de travail pour cette tâche.

Le vieillissement du pays se retrouve dans les familles. En 2022, la plupart des personnes de 80 ans peuvent compter sur plusieurs enfants pour les aider. Pour les personnes nées dans les années 80, issues de familles plus petites, la prise en charge de leurs parents ne va pas pouvoir être partagée entre autant d’enfants. Une personne de 80 ans aujourd’hui peut compter sur l’aide de 2,4 personnes de 55 ans, en 2040, cela s’abaissera à 1,3.

Ces chiffres ont le mérite de montrer simplement qu’il ne sera pas possible de prendre soin de nos parents de la même manière qu’eux l’ont ou le font pour les leurs.

Mieux vieillir dans un monde de vieux

Sur le salon, j’ai pu rencontrer le représentant d’une solution alternative plutôt dirigée vers un public de seniors aisés avec un stand qui propose des résidences pour les personnes âgées. Des résidences qui posent la question du logement, à l’adaptation des habitats aux différentes étapes de la vie.

Devant cette transition démographique, la prise en charge de la perte d’autonomie reste assez peu considérée. Par exemple avec l’absence dans le débat public de critique du “vieillir chez soi”. Si l’idée plaît à beaucoup de Français, sa consommation importante de bras de jeunes devraient au minimum inquiéter. C’est comme si beaucoup de Français n’avait pas encore totalement conscience de l’ampleur du vieillissement. (source)

À moins que ce soit une manière d’éviter de parler du grand tabou. Le sigle qui plus que tout les autres terrorise tout un peuple, l’EHPAD. Pourtant, il existe de nombreuses alternatives et certains Français commencent à comprendre le piège derrière ce choix trop binaire.

“Ce qui a vraiment fait germer, c’est qu’autour de 60 ans, on a dû gérer nos parents qui n’avaient pas du tout géré et qui nous on emmerder, et nous, on ne veut pas gêner nos enfants.” (source) 

Cet extrait est tiré d’un excellent documentaire de Florence Mary. Elle suit différentes personnes qui vivent et vieillissent dans des environnements alternatifs.

Janine, elle a rejoint, Chamarel-les-Barges, une coopérative d’habitant qui se présente comme “un lieu de vie intergénérationnel pour les 3ème, 4e et 5e âges” (site)

Gilbert, lui à choisi de rejoindre une colocation de vieux, les maisons marguerites créées par Jacqueline Decultis.

“J’étais à Tence, j’ai vu des situations très douloureuses, du maintien à domicile. (source)

Au-delà de l’approche très politique publique, un peu froide de notre épisode, le documentaire de Florence Mary montre bien l’importance des petits gestes, d’aller porter le courrier pour, d’accompagner, de parler avec, de vivre avec. Les personnes âgées sont parfaitement capables de s’entraider sans dépendre des bras de jeunes pour la moindre action. C’est un point à prendre en compte quand on parle du défi économique du vieillissement.

L’autre point c’est d’estimer la qualité des emplois dans ces structures. En théorie, les structures permettent d’employer des personnes sur des temps complets, de simplifier les emplois du temps, de travailler en équipe et de disposer de matériel facilitant la prise en charge des personnes au quotidien.

L’ampleur du vieillissement demande bien plus que la création de lieux alternatifs, en fait, c’est toute notre société qui va devoir s’adapter.

“La voirie sur Montpellier notamment est très difficile, pas adaptée, notamment pour les personnes, on n'a qu’un tiers de la voirie qui est accessible.”(source)

Quand les rues sont hostiles, la moindre incapacité, la moindre fragilité et votre autonomie disparaît. Comment permettre aux personnes fragiles ou à mobilité réduite de faire leurs courses en toute indépendance ? Comment peuvent-elles voir leurs proches ? Avoir accès aux services publics et disposer d’un réel accès aux transports ? À toutes les échelles, il faut prendre en compte une variété de besoins qui sont parfois contre-intuitifs.

Les arguments pour l’inclusivité de l’espace public basés sur des principes de charité sont aujourd’hui largement dépassés. Préserver l’autonomie du plus grand nombre, est aujourd’hui un défi économique.

Le début d’un phénomène mondial

Partout des pays voient leur population changer. La population chinoise et sud-coréenne sont même devant un mur démographique qui approche dans quelques décennies. D’autres pays sont déjà bien avancés dans cette nouvelle transition démographique, comme le Japon par exemple.

Ce pays connaît une pénurie de jeunes au point d’avoir à changer sa politique d’immigration. Le pays était extrêmement fermé, mais en 2022 le pays développe des plans encourageant les travailleurs à y venir pour alimenter les secteurs des services. (source)

Derrière les discours anti-migrants en Italie, il y a un pays qui vieillit et voit sa population diminuer depuis 2022. Peu de discours mentionnent le nombre d’aidantes pour les personnes âgées qui vivent souvent dans les domiciles de celle-ci. Elles sont entre 400 et 800 000 de Badanti, la plupart des femmes immigrées, et c’est avec l’importation de ces bras que l’Italie prend en charge ses vieux.

La France commence à s’engager dans la même voie avec la mise en place d’une carte de séjour pour les professionnels de santé. L’objectif est évident, il s’agit d’importer les bras qui pourront combler le déficit de personnel de secteur en tension. L’augmentation énorme des besoins dans les années à venir laisse imaginer que ce type de mesure se multiplie.

Le vieillissement, c’est aussi une baisse du taux de croissance économique. C’est clairement le cas au Japon et en Italie, un peu moins en Allemagne, mais les prévisions sont désormais beaucoup plus pessimistes. La diminution de la croissance s’explique en partie par la pression économique qui s’exerce sur les personnes actives. La théorie, c’est que celles-ci doivent utiliser plus de ressources pour s’occuper des autres, donc elle dispose de moins d’épargne et donc de moins de capacités d’investissements diverses.

Contrairement à la situation japonaise, Italienne ou sud-coréenne, le vieillissement en France est moins prononcé. Les Français n’ont pas complètement arrêté de faire des enfants contrairement à d’autres populations. (source)

Mais le vieillissement français à quelques particularités. Presque partout, la vieillesse est synonyme d’une baisse de revenus importante. La France n’a que 4 % de pauvres parmi les plus de 65 ans, c’est le double en Italie et en Allemagne et 4 fois plus au Japon. (source) (source) La retraite à la Française éradique quasiment la pauvreté des seniors avec des seniors qui ont un niveau de vie médian plus élevé que la population d’âge active.

Cette richesse des personnes âgées françaises leur donne un pouvoir économique conséquent qui n’est pas présent dans tous les pays.

Le pouvoir vieux

Les plus de 55 ans détiennent la majorité du capital français. Une situation qui ne va pas changer de sitôt puisque le flux des successions fait une boucle entre personnes de 80 ans et de plus de 50 ans. Ces flux représentent de plus en plus d’argent au détriment des revenus du travail. C’est aussi pour cette raison que l’on entend autant parler de la “Silver Economie”.

Les villes de bord de mer en sont les meilleurs symboles. Ultra-populaire chez les personnes âgées, l’immobilier flambe en même temps que la moyenne d’âge. Des villes comme Palavas-les-Flots, Arcachon, Pornic se rapprochent ou dépassent les 50 % de population retraités. (source)

Ce pouvoir économique n’est pas uniquement le fruit du travail… Loin de là. L’enrichissement des baby-boomers s’explique par l’augmentation des prix de l’immobilier. Des prix qui sont d’ailleurs dopés par une sous-occupation chronique des habitations par les personnes de plus de 50 ans. Le nombre de logements qui dispose de plus de deux-pièces supplémentaires à la norme est proche de 20 % même dans des départements plutôt urbains. (source)

La sous-occupation et le nombre de maisons secondaires contribuent à la hausse des prix de l’immobilier. Le niveau de vie des jeunes foyers est fortement impacté et il est possible que ça aille jusqu’à modifier certains comportements. Une étude économique démontre qu’au Canada, une augmentation de 10,000 $ du prix de l’immobilier l’année précédente diminue la probabilité pour une femme de donner naissance de 6,7 %. (source)

L’importance du marché immobilier et ses conséquences posent des questions sur sa soutenabilité générationnelle. Une étude d'Arnaud Simon et Yasmine Essafi décrit davantage le pouvoir de la génération du baby-boom.

L’étude questionne l’importance du soutien à l’investissement locatif comme étant une politique générationnelle à l’avantage des baby-boomers « Ces derniers sont en effet souvent propriétaires de leur résidence principale et n’ont plus de crédit à rembourser » (source) Même chose pour les APL accusées d’augmenter les loyers. Cette politique bénéficie possiblement davantage au propriétaire d’une location qu’aux locataires. Ce qui ferait de cette mesure « purement et simplement [d’] un transfert de richesse de l’État aux bailleurs du parc locatif privé »

Ce lien entre l’enrichissement d’une génération et la politique économique du pays amène à la question du pouvoir politique de nos vieux.

Il faut remonter à l’élection de Mitterrand en 1981, il y a 40 ans de ça, pour trouver le dernier président qui a été élu avec le vote des jeunes contre la volonté des personnes plus âgées. Toutes les élections présidentielles suivantes sont dominées par les candidats favoris des plus de 65 ans. Chirac, Sarkozy, Macron. Il n’y a que l’élection de Hollande qui fait exception puisqu’il était modérément populaire dans l’ensemble de l’électorat.

La critique qui revient souvent, que j’ai moi-même faite si vous voulez tout savoir, c’est que si les jeunes veulent influer l’élection, ils n’ont qu’à voter sauf que les jeunes votent peu, c’est comme ça. Ce n'est pas particulier aux jeunes d’aujourd’hui. (source)

Ce qui attaque, en plus, le pouvoir politique des jeunes, c’est la pauvreté. Presque 20 % des moins de 30 ans sont considérés comme pauvres, une forme d’exclusion qui diminue le pouvoir économique et politique de cette classe d’âge.

En comprenant cela, le fonctionnement de la démocratie française devient soudainement plus clair. Le vote des plus de 60 ans est décisif, c'est eux qui élisent, c'est eux qui décident. Ou les différences de revenus et de classe persistent bien sûr, mais la différence de comportement dans le vote montre bien qu’il y a un véritable effet de génération.

Un effet bien visible lors de l’élection d’Emmanuel Macron en 2022 qui à pu atteindre le deuxième tour uniquement parce qu’il a pu compter sur le vote des plus de 60 ans.

Qu’attendre de la gérontocratie ?

À quoi le pouvoir des plus âgés va-t-il servir ? Historiquement, les vieillards ont souvent été placés aux marges de la société, dans la France d’avant-guerre être vieux, c’est être pauvre. Si ce n’est plus le cas de nos jours, certaines problématiques tendent à s’amplifier. Les conditions de vie dans les maisons de retraite ou les EHPAD sont compliquées à cause d’un encadrement faible. L’isolement reste très fort chez les personnes âgées les plus modestes et notre société dans son ensemble est très peu accommodante aux différents handicaps ce qui limite l’autonomie des personnes.

 

La France est un « vieux pays » qui ne se voit pas vieillir. 

À moins d’une révolution technologique majeure, la croissance économique va encore ralentir en Europe. Les bras et les têtes des jeunes auront à s’occuper de la transition démographique et plus de l’urgence climatique.

Aujourd’hui il n’y a pas grand-chose de prêt, tout est fait comme si les bras de jeunes étaient aussi nombreux que dans les années 2000 et pourtant les aides à domicile, pour ne citer qu’elles, commencent déjà à manquer.

Pour envisager le “bien vieillir”, il faut prendre en compte les attentes des plus jeunes et leurs alertes. Les questions de logement, de précarité, de condition de travail, de pouvoir économique et politique vont devoir être revues.

Le risque, c’est que nos vieux se renferment sur eux même, sur leur intérêt générationnel, que la solution soit d’user les jeunes. La précarisation des moins de 30 ans qui augmente et les conditions de travail dans le soin à la personne qui se dégradent ne sont pas encourageantes.

L’espoir, c’est que nous préparions le bien vieillir, que cela demande des adaptations et qu’il vaut mieux le faire avec que contre sa jeunesse.

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